Requalification de l’avenue du Peuple Belge (Lille)

SURCYCLAGE,

Emmenez vos enfants voir la colline !

 

Lats du #concoursID du Think Tank Axe Culture

Équipe : Delphin Colin, Caroline Druon, Mathilde Garro, David Vandamme – paysagistes dplg

Le Point et La voix du Nord en parlent. Également publié dans le Moniteur du 08 avril 2016.

 

Finances : gardons la tete hors de l’eau

L’avenue du Peuple Belge était un canal. Ce fut même un port de commerce de la ville de Lille. Quelle histoire ! Mais, dedans et par dessus, il y a aujourd’hui un nombre incalculable de petits grains de sable, de bout de mortier et de grave, et de tonnes de bitume. Les conditions économiques actuelles n’épargnent pas le contexte lillois dans lequel s’inscrit le projet de l’avenue. Rouvrir l’ancien canal serait extrêmement coûteux et n’apporterait qu’une faible diversité d’usages, malgré l’agrément du plan d’eau.

C’est pourquoi nous proposons un projet que nous qualifions « d’impulsion ». Nous entendons par là un projet qui ne correspond ni à un temps d’attente ni à un grand geste que désormais aucun acteur ne peut suivre financièrement. Il s’agit de se saisir des places fortes de l’avenue, de les reconvertir et d’instaurer une logique d’espace public vertueuse, de plus en plus qualitative.

La gestion des flux comme prérequis

Ne soyons pas uniquement dans une logique pécuniaire. Un grand nombre de flux routiers convergent par le Peuple Belge. Ces derniers vont de l’extérieur vers l’intérieur. L’inverse est aussi vrai dans une moindre mesure. En somme, c’est une porte d’entrée pour les automobilistes qui jouxte le quartier du Vieux Lille, difficilement praticable en voiture. Au contraire c’est un espace hostile aux piétons et à la vie urbaine malgré des lieux stratégiques pour la cohérence du Vieux-Lille comme la halle au sucre ou la place du Lion d’or.

Le projet propose d’assumer le rôle d’entrée de ville mais de le traiter différemment. Cela passe par de nouveaux parkings relais et silo au niveau de l’ancien hôpital.  Ensuite, les lignes de bus et station VLille permettent de rejoindre la Grand Place en quelques minutes. Cette intervention sur les flux devient la base d’une reconversion des espaces publics du peuple belge au profit d’autres usages.

Topographie et trame verte/bleue

En retournant la situation routière, nous inscrivons le projet dans la stratégie de la trame verte et bleue et suivons la hiérarchie en place. La Citadelle et les berges de la Deûle forment la promenade majeure. Le Peuple Belge irrigue cette dernière et en permet l’accès.

Enfin, souvenons-nous qu’un canal est ce qu’il y a de plus plat. Nous proposons de se détacher de l’image d’ancien canal tant par l’absence d’eau que par la topographie de l’avenue. En tirant parti des dénivelés existants, ceux des infrastructures routières, le Peuple Belge a la capacité de générer une topographie unique à Lille, ville elle-même située dans un territoire très faiblement pentu. Ces points hauts et pentes accueillent des usages propres.

Les nombreux visages du peuple belge

L’image de l’ancienne continuité du canal de la basse Deûle cache aujourd’hui des situations urbaines très différentes de l’avenue, du nord au sud. À l’ambiance très résidentielle et routière du nord, répond un certain dynamisme lié à l’attractivité du Vieux-Lille au Sud. La rampe routière rejoignant le Pont neuf apparaît comme la rupture principale entre ces différentes séquences.

La stratégie de projet proposée est d’une part d’adapter l’aménagement de chacune des séquences en fonction de son contexte (résidentielle, commerciale, de loisir, touristique) et d’autre part de garder une cohérence globale en assurant l’articulation de ces différentes séquences.

L’idée de l’impulsion prend alors plusieurs visages, démultipliant les possibles. Enfin, il propose également des espaces de quartier pour les riverains dont les paysages sont cernés par les bâtiments remarquables de l’avenue : l’église Sainte-Marie-Madeleine, l’Hospice Général de Lille devenu IAUE, la Halle aux sucres et l’Hospice Comtesse.

Projet : l’avenue en séquences 

Le projet se décompose en trois grandes séquences du Nord au Sud. De l’usine élévatoire à l’IAUE(1), puis de la Halle aux sucres à la rampe routière (2), et enfin du Palais de Justice jusqu’à la place Louise de Bettignies (3).

1. Un parc habité redessinant une entrée de ville

La ville de l’ingénieur a dessiné des espaces vides gigantesques et les opérations bâties au Nord/Est de l’avenue forment un tissu urbain lâche. Nous proposons de bâtir ce tronçon en imposant un certain nombre de données dans le cahier des charges. Les lots seront assurés par des fonds privés. Cette initiative a le mérite de créer un sentiment urbain avec des frontages généreux, de laisser plus de financements pour les espaces publics et d’amener une densité d’usagers dans ces futurs lieux.

Par ailleurs, ce nouveau quartier aux allures de Funen Park est composé d’îlots ouverts r+2 maximum. Ce système permet une grande porosité physique et visuelle, tandis que les circulations douces coupent à travers les îlots. La circulation routière est ainsi réduite côté Est, à l’ombre des arbres existants. À l’Ouest, ce sont les dessertes riveraines et circulations douces. Devant l’Hospice Général, des espaces ouverts sont prévus afin de ne pas enfermer ces bâtiments.

2. Un centre de quartier qui joue avec ses héritages

L’élargissement de l’avenue à cet endroit dessine un espace aux proportions et lignes agréables. Nous en tirons parti en créant une place pouvant accueillir un marché bordé de terrains de sport en plein air. La rampe centrale existante donne lieu à une situation urbaine inédite. Désormais piétonne, cette dernière monte à 3,5 mètres, offre un belvédère, puis redescend par une fine rampe nouvellement créée vers la place du Marché. Le versant Nord de cette colline artificielle est dédié aux jeux dans la pente, protégés des voitures et visibles des parents. Le versant Sud, le mieux exposé, est composé d’escaliers et de placettes tournées vers l’Hospice Comtesse. Ces derniers sont plantés de cépées et de vivaces regroupées en îlots. Dans cette séquence des dessertes riveraines et commerçantes sont prévues et le trafic du pont Neuf, voie majeure depuis La Madeleine, est gardé intact.

3. Une entrée en douceur dans le cœur touristique

Cette dernière séquence est l’arrivée dans le très animé Vieux Lille. Elle est également marquée par le Palais de Justice. Le bâtiment, bien que spectaculaire, n’a aucun impact dans l’espace public. Pas de recul, pas de place, pas de marche. Pourtant c’est un symbole de l’État représentant un moment marquant dans la vie de ses usagers. Alors, parvis et jardin aux plantes humides permettent d’assurer une transition brève de la rampe à l’Hospice Comtesse, et de rendre plus attractives les terrasses bien exposées rive Ouest.

Enfin, l’ancienne place du château et ce que nous appelons la plaine du Lion d’Or sont un amoncellement de petits chaos topographiques enherbés. Ce sont des talus sur lesquels on peut monter, entre lesquels on peut circuler, aller à droite ou à gauche et ainsi de mailler les nombreuses possibilités de circulation que présente déjà l’espace de l’Hospice Comtesse.